jeudi 2 décembre 2010

Le chemin de Mondrian

A propos de la passionnante exposition "Mondrian/De Stijl", au Centre Pompidou, Paris 4e. Jusqu'au 21 mars 2011.

Les années 1910 et 1920 sont décisives pour Mondrian. La confrontation au cubisme précipite la genèse de son abstraction.

On voit Mondrian alléger de toile en toile le cubisme qu'il reçoit de Picasso et de Braque, épurer par la formalisation graphique les références au monde corporel jusqu'à n'utiliser que quelques signes en deux ou trois traits noirs. Puis ces traits se disjoignent. Ne demeurent que des segments flottants parmi des touches d'ocre ou de gris obliques ou horizontales. A leur tour, celles-ci perdent de leur densité, mincissent, se rangent en quadrilatères légèrement irréguliers, puis en carrés.

Vers 1920, les premières grilles de lignes se coupent à angles droits, structurant des carrés et des rectangles monochromes de rouge, jaune ou bleu.



Ayant défini une grammaire picturale, dénommée néoplasticisme, Mondrian ne l'applique pas à la façon d'un système définitif. Il la développe selon un jeu des variations. Il la pousse à l'extrême du minimal - à peine un triangle de couleur et deux lignes se croisant. Ou l'attire vers des constructions complexes où les lignes ne vont pas jusqu'au bord de la toile, suggérant l'interruption et le vide, alors que les couleurs passent par des nuances d'intensité presque imperceptibles - mais réelles.


Passionné par la religion et l'ésotérisme théosophique, Mondrian a de son art une conception idéaliste. L'œuvre doit être une perfection réalisée, perfection visuelle et conceptuelle. Chaque toile est une expérience dont les enjeux seraient " l'équilibre", "l'harmonie" et "l'espace". Sa peinture, comme son atelier de la rue du Départ, sont des zones de silence céleste et de pleine clarté.

Composition 1920 - Mondrian


Détail de la construction de cette œuvre de Mondrian :




Soit le carré ABCD ; on considère le segment EF parallèle à deux côtés, qui divise le carré suivant la section doré. EF coupe la diagonale AC au point S. S divise aussi, par construction, EF et AC suivant la section dorée (Théorème de Thalès) : SA/SC=SE/SF=(1+SQR(5)/2)=1.618

Puis Mondrian construit un second carré A'B'C'D', de côté égal à SA, et divise ce carré en section dorée de façon analogue au premier carré ABCD.


Enfin il fait glisser ce carré A'B'C'D' de manière que la diagonale D'B' vienne se superposer au segment EF, les points S des deux carrés venant en coïncidence. Le segment E'F' se superpose lui-même à la diagonale AC.

Les épaisseurs des traits dans le petit carré sont dans le rapport 3, 4, 5.

Source Kandaki.com

dimanche 21 novembre 2010

"Le massacre des innocents" / Etude pour une peinture

 Témoigner sur le massacre des innocents

 Il est extrêmement difficile d’imaginer et surtout de réaliser ce que signifie réellement un génocide car il est nécessaire d’avoir une vision globale et une pensée synthétique. Aussi, la plupart des gens ne sait pas comment l’appréhender et par conséquent ne peut être que persuadée par autrui. Ce point est le noyau du problème de la reconnaissance. Car comment reconnaître sans connaître ? Même les survivants ne parviennent à connaître que de manière locale, un génocide. Les survivants sont des martyrs et des témoins.

Seulement dans ces deux cas, ils sont rendus muets par la puissance du système qui met en place un véritable génocide de la mémoire. En s’appuyant sur l’absence de mémoire des uns et l’incapacité de se défendre des autres, le système parvient à ses fins.

Vu dans son ensemble, le génocide  est dépourvu de toute considération humaine. Il n’exploite que la bestialité de la guerre comme l’écrivait Leonardo da Vinci. Il n’utilise que la bestialité pour écraser un ennemi créé de toute pièce par l’appareil de propagande.

L’apport de Raphaël Lemkin, c’est d’avoir insisté sur le fait qu’un génocide représente une destruction systématique et que dans cette expression, la caractéristique principale, c’est la systématisation de la destruction, et non la destruction elle-même.

Ainsi même les survivants éprouvent une difficulté à réaliser l’ensemble d'un génocide. Ceci les rend fragiles face aux attaques de l’oubli et de l’indifférence. Sans la robustesse de la connaissance, il est impossible de résister à une argumentation rhétorique.

Comment ? En ne voyant que le massacre des innocents, nous ne pouvons leur venir en aide. Il faut que les "justes" interviennent.

Ce concept "systématisation de la destruction" ? Que signifie-t-il à l’échelle de l’innocent, à l’échelle du survivant ? Il n’a de sens, en réalité, que pour le juste. Car il s’agit d’une abduction créative, selon la terminologie d’Umberto Eco. Pour saisir cette difficulté cognitive, il suffit de se rappeler des propos d’Albert Einstein : aucun chemin ne mène de l’expérience à la théorie. 

Comment, en peinture, donner à voir la théorie du génocide ?

 Le massacre des innocents dans la Bible

Le massacre des innocents est une scène biblique. Il s’agit de l’ordre donné par le roi Hérode, averti de la naissance de Jésus, d’assassiner tous les enfants mâle de moins de deux ans dans le territoire de Bethléem. Ainsi, celui annoncé comme le futur « roi des Juifs » ne pourrait survivre.

Mais… C’était sans compter l’intervention divine ! On peut lire dans l’Evangile selon St Mathieu : « Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr ».
Ainsi, des innocents furent massacrés par millier. La scène a été maintes fois représentée dans l’histoire de l’art. La plupart du temps, le massacre est dépeint comme une immense panique collective, parfois directement supervisée par Hérode lui-même.

Observez le bas-relief ci-dessous ; l’oeuvre est tout à fait représentative des oeuvres réalisées jusqu’au 17ème siècle sur le thème. On représentait l’événement d’une façon très narrative et grandiloquente. Ici, l’œuvre est même séquentielle : à gauche, Hérode face au massacre des enfants et à droite, Marie, Joseph et Jésus fuyant.



Daniel Schlier, « Massacre des Innocents », 2006, huile sur toile, 150 x 150 cm





– Nicolas Poussin /Le Massacre des Innocents

 

Avec son œuvre, Nicolas Poussin, peintre classique du 17ème siècle, changea la donne. Ici, le massacre n’est plus une scène de foule mais presque une scène « de genre ». C’est un gros plan sur un petit groupe de personnes incarnant le massacre. Un soldat abattant son épée sur un nourrisson d’une main et retenant de l’autre la mère de la jeune victime par les cheveux. A l’arrière plan, une mère paniquée, semblant courir. Et enfin, dans le fond du tableau, pour figurer la masse, deux mères soutenant leur enfant défunt.

Avec ce tableau, Poussin met l’emphase sur la gestuelle et les expressions faciales des individus incarnant le Massacre. Sur un croquis préparatoire, consacré au Musée des Beaux Arts de Lille, on remarque une configuration sensiblement différente : la femme courant en arrière plan devait tenir son enfant dans ses bras plutôt que de s’arracher les cheveux. Un enfant devait joncher le sol, près d’elle. Dans la version finale de son tableau, Poussin ne conserve finalement sur l’avant-scène qu’un seul et unique enfant, symbole du massacre.


Le Massacre des innocents - Cornelis van Haarlem
Lieu d'exposition : Harlem, Frans Hals Museum



Évangile de Matthieu,II, 16-18 (Bible de Jérusalem, p.1679).

Le Massacre des Innocents est un tableau de Guido Reni, réalisé en 1611, représentant le Massacre des Innocents relaté dans l’Évangile selon Matthieu. Huile sur toile de 268 × 170 cm, il est exposé à la Pinacothèque nationale à Bologne. Ce tableau est aujourd’hui peu connu du grand public ; il ne fait pas partie des quelques œuvres que tout le monde a déjà vus en reproduction. Pourtant, du vivant de Guido Reni, il fut considéré comme un chef-d'œuvre.

Cette peinture est une commande de la famille Beró pour l’église Saint-Dominique de Bologne et elle est actuellement conservée à la Pinacothèque de cette même ville. Le sujet éponyme est un événement biblique raconté dans l’Évangile de Matthieu (II, 1-19). Les sages avaient annoncé la naissance à Bethléem du « roi des Juifs » et Hérode l’avait fait chercher ; ses tentatives policières n’ayant rien obtenu, il ordonna la mise à mort de tous les enfants de la ville âgés de moins de deux ans. Le tableau déroule, dans une composition resserrée lisible de haut en bas, les étapes de l’événement : la poursuite d’une mère portant son enfant, le meurtre d’un autre dans les bras de sa mère impuissante, la prière maternelle après le massacre. La concentration des actes représentés assure à l’ensemble de la peinture sa puissance émotionnelle, mais donne le sentiment d’une certaine confusion générale. Cependant, s’attarder sur la composition baroque permet de comprendre que la tension entre le mouvement apparemment désordonné et la construction rigoureuse constitue le fondement d’un pathétique sublime.
Guido Reni 011.jpg
Guido Reni, 1611. huile sur toile. 268 × 170 cm. Pinacothèque nationale



Pieter Bruegel l'Ancien


Pieter Bruegel l'Ancien - détail de son tableau "Le Massacre des Innocents" -- Source en cliquant sur l'image.


La Fête des Saints Innocents

Enfants de moins de 2 ans massacrés pour le Christ par Hérode à Bethléem (1er s.)
C'étaient des tout-petits enfants, ils avaient à peine 2 ans pour les plus âgés. L'âge de la crèche, pas même de la maternelle. Pour leurs pères et leurs mères, ils étaient des merveilles, des enfançons qu'on élève encore contre sa joue et que l'on fait bénir par le premier prophète qui passe. Voulant atteindre le roi d'Israël, ce sont les petits qu'Hérode fait tuer, les premiers accueillis par le Dieu d'Amour qui vient sauver les hommes. Ils sont incapables de parler. Mais aux yeux du Christ, c'est l'existence et non l'âge qui offre la liberté d'entrer dans l'Église.
Petits enfants qui furent massacrés à Bethléem de Judée sur l’ordre du roi impie Hérode, pour que périsse avec eux l’enfant Jésus. Dès les premiers siècles de l’Église, ils ont été honorés comme martyrs, car ils sont les prémices de tous ceux qui devaient verser leur sang pour Dieu et pour l’Agneau de Dieu.

St Augustin dépeint la scène : « Les mères s’arrachaient les cheveux ; elles voulaient cacher leurs petits enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes ; elles ne savaient pas se taire, n’ayant pas appris à craindre. C’était un combat entre la mère et le bourreau ; l’un saisissait violemment sa proie, l’autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau : "Moi, te livrer mon enfant ! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre !" Une autre mère s’écriait : "Cruel, s’il y a une coupable, c’est moi ! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui !" Une voix se faisait entendre : "Qui cherchez-vous ? Vous tuez une multitude d’enfants pour vous débarrasser d’un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe !" Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel. »

Jean, dans l'Apocalypse, montre les Saints Innocents entourant le trône de l’Agneau parce qu’ils sont purs, et Le suivant partout où Il va. « Demanderez-vous, dit Bernard de Clairvaux, pour quels mérites ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu ? Demandez plutôt à Hérode pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés. La bonté du Sauveur sera-t-elle vaincue par la barbarie d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents, et Jésus-Christ ne pourrait pas donner la vie éternelle à ceux qui ne sont morts qu’à cause de Lui ? Les yeux de l’homme ou de l’ange ne découvrent aucun mérite dans ces tendres créatures ; mais la grâce divine s’est plu à les enrichir. » L’Église a établi leur fête dès le IIe siècle.

Massacre des Innocents, fresque de Giotto di Bondone, Chapelle Scrovegni de Padoue
Image

Quelle peinture est possible de la lapidation d'une jeune femme amoureuse ?

Une jeune fille kurde de 17 ans Doah Khalil Aswad a été lapidée pour être entrée en relation avec un jeune musulman sunnite, acte provoquant l’indignation et la condamnation unanime de groupes internationaux de défense des droits humains.

Son « crime » : appartenant à une communauté kurde de religion Yazidi dans la ville de Bashiqa, proche de Mossul, capitale du Kurdistan irakien, elle projetait d’épouser un jeune musulman sunnite dont elle était amoureuse et envisageait semble-t-il de se convertir  ; « suprême horreur », elle lui avait même rendu visite.

Pendant 4 mois, un sheik musulman local l’a abrité. Mais dans les derniers jours, sa famille l’a persuadée de retourner chez elle, la convaincant que ses parents et ses proches lui avaient pardonné sa « faute ».

Mille hommes – ou plutôt 1000 bestiaux lâches et vociférant – l’attendaient en embuscade sur le chemin de sa maison et l’empoignent.

Ils lui arrachent sa jupe pour signifier qu’elle avait déshonoré sa famille et la religion Yezidi, puis la lapidation commence.

Elle hurle, pleure et crie au secours ; au bout d’une demi-heure, ces « hommes » la labourent de coups de pied à l’estomac.

Respirant encore, elle gît sur la route à demi-nue, le visage en bouillie, couverte de sang.

Pour l’achever, l’un d’eux lui jette une grosse pierre sur le visage : video

video

D’après le site d’origine et des extraits des clips (on le voit au tout début notamment), un certain nombre d’officiers de la police locale étaient présents sur les lieux et ont aidé la foule à tuer cette fille au lieu d’empêcher le crime.

Un peu plus tard, l’armée irakienne est arrivée sur place et a interdit à quiconque de s’approcher, y compris à la presse.

Mises sur Youtube, les différentes vidéos faites dont celles-ci ont presque immédiatement été censurées. Par chance elles ont été récupérées par un site Assyrien et un site Kurde. Interpellé, un des responsables de Youtube a répondu que montrer la réalité aux gens n’était pas indispensable !!!

L’assassinat de femmes pour des raisons « d’honneur », de pudeur ou de religion arrive dans certaines régions du Kurdistan et de l’Iraq. Ce qui vient de se passer n’est pas rare dans certaines communautés traditionnelles profondément religieuses.

Depuis longtemps, la violence envers les femmes est utilisée communément comme arme politique et religieuse et comme moyen de contrôle social.

Source : Assyrian International News Agency : Video Captures Stoning of Kurdish Teenage Girl

Un point peu rassurant : la manière dont a été perpétré ce crime est très nouvelle au Kurdistan, c’est une indication que de tels crimes contre les femmes sont à présent tolérés. Les assassins sont toujours en liberté.

Cet assassinat public a déclenché des représailles : deux semaines après, 23 ouvriers Yezidi ont été extraits d’un autocar de Mosulto Bashika par une groupe de sunnites armés et sommairement exécutés
 vidéo ci-dessous :


N.B. : les tueurs de la vidéo (cagoulés apparemment) ne sont pas en uniforme.

Commentaire de la femme musulmane qui fait circuler la vidéo la lapidation de Doah Khalil Aswad

"Admirez le coup de grâce ( peut-être du père, d'ailleurs ) avec un Bloc de béton !
Paix à son âme ......Allah soit loué ! Images très très dures .. au nom d'Allah, le miséricordieux !!!

À faire circuler massivement, car la VERITE .... ne doit pas être ignorée !
On fait suivre.... sur toute la planète terre .... enfin la partie civilisée !

La vidéo n'est pas de bonne qualité, je dirais "heureusement", c'est vraiment épouvantable.… Charria islamique ! L'intégration ... à tout prix.

Voilà ce que ces fous d' islamistes font dans leur pays à des jeunes filles !

Ils sont en tennis adidas, ont un téléphone portable, donc a priori acceptent l'Occident, mais ils restent ancrés dans leur folie religieuse traditionnelle, intolérante.. et extrémiste !

Comme vous pourrez le voir, ils cachent le slip de la petite, il ne faut surtout pas voir ses fesses. On peut voir la manière de tuer ( filmée au portable ), mais pas ses fesses !

Les journalistes ont demandé aux autorités religieuses du pays si elles condamnaient cette violence faite aux gamines et aux femmes en général. Ils ont répondu qu'ils condamnaient fermement cette scène QUI NE DEVAIT PAS être publique parce que les corrections "???" aux femmes devaient se faire dans l'intimité du foyer. !

Honte aux lâches qui s'abritent derrière leur religion passéiste et leur machisme fou.

Honte à ces groupes d'hommes qui violent ,mutilent,vitriolent, tuent femmes ou gamines en toute impunité.


Commentaire du site  SPQR qui témoigne avec les vidéos précédentes :
" Ne vous rassurez pas en vous disant : « C’est loin, c’est chez les sauvages… » , non, cela s’est produit aussi en France en 2004 à Marseille (lapidation de Ghofrane, pour lequel plusieurs mineurs au moment des faits viennent d’être lourdement condamnés récemment), sauf qu’ils n’étaient que quelques-uns.
D’ailleurs, ils sont modernes ces gens-là, ce ne sont pas des sauvages : les avez-vous vu avec leurs téléphones portables avec video-camera ? :-( Nous sommes bien au XXIe siècle) ".

dimanche 4 avril 2010

« Dans la lumière » Exposition Société Générale / jusqu'au 30 juin 2011










Francis Jacq, que proposez-vous avec vos tableaux ?

Chaque tableau propose une expérience à la fois au regard et à la pensée. D’abord, il apprivoise la lumière à l’aide de couleurs chaleureuses et d’un rythme tonique, puis il invite à entrer dans le rayonnement d’ondes amicales. Ce qui est intéressant, c’est qu'en les regardant, on sent se développer en soi un espace intérieur de méditation.

Comment les couleurs peuvent-elles nous inviter à la méditation ? Le mot "lumière" a plusieurs sens. La lumière désigne l’énergie qui nous apporte chaleur et clarté. Grâce à la chaleur, nous vivons. Avec la clarté, nous voyons et comprenons mieux le monde où nous agissons. En partageant la même lumière, nous nous aimons.

Dans un second sens, la lumière désigne les éléments qui facilitent sa trajectoire. En mécanique, la lumière désigne un petit orifice sur une pièce de métal. En médecine, la lumière désigne l’espace intérieur d’un organe. En Orient, la lumière nomme l'expérience de l’ouverture de l’esprit de celui qui pratique la méditation.

Quand nous ouvrons une porte ou une fenêtre, nous faisons entrer la lumière. La lumière est à la fois énergie et zones successives de la trajectoire. Il y a  la source lumineuse, l’ouverture du mur, et enfin, l’espace intérieur où se déploient les ondes lumineuses. Chaque tableau invite à ouvrir dans son esprit une fenêtre et à laisser entrer la lumière.

Ce que chaque tableau montre, c’est l’influence des rencontres sur la lumière. La lumière se diffuse par réfractions successives, et donc se colore au fur et à mesure. La traversée de l’eau, la rugosité d'une peau tannée ou la surface laquée d’un meuble  vont réfléchir des lumières différentes. Avec les saisons, selon que l’air est chaud ou froid, sec ou humide, nos yeux sont baignés par des luminosités très différentes.

Votre technique est originale : avec de peu de matière, comment créez vous de tels effets optiques?

J’ai mis au point une technique qui élimine l’épaisseur de la pâte. Je voulais saisir la vibration colorée à sa source, là ou le grain de pigment renvoie au regard une longueur d’onde spécifique. J’ai choisi une toile de lin très fine afin qu’un tout petit nombre de grains de pigments soient pris dans un même nœud. J’ai fabriqué des jus très fluides également à base d’huile de lin avec très peu de charge en pigments. J’ai ajouté un peu de poudre de marbre pour augmenter la quantité et la richesse de la lumière réfléchie.


Par exemple, associé à plusieurs grains de marbre faisant miroir, un pigment vert, un pigment jaune, un pigment bleu vont renvoyer une gamme d’ondes composée finement de jaune, de vert, de bleu. On peut s'en donner une idée avec le tableau ci-dessus (146 cm * 114 cm).

Voici l'ensemble des tableaux de la série "Lumières"

Saison / Printemps

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Saison / Eté

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Saison / Automne

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Saison / Hiver

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Trésor / Terre

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Trésor / Eau

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Trésor / Feu

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Trésor / Or

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Trésor / Diamant

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Amitié

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Souvenirs

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Rêverie

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Fascination

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Colère

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.

Flamboiement

Huile et pigments. 146 X 112 cm. 2006.


samedi 27 mars 2010

William Turner, peintre de la pensée, inventeur de signes


Sur la plage de Calais, la mer se retire. Les femmes de pêcheurs se courbent à la recherche d'appâts. Le blanc éclatant de leurs jupons souligne que la plage est baignée d'une lumière claire et limpide, filtrée par des nuages à peine gris qui relaient le bleu du ciel avec un léger halo humide.

Quelle heure-t-il est-il ? 11 heures du matin ? 3  heures de l'après midi ? Pourtant, lorsque  notre regard se porte au loin, vers le ventre de la mer, nous voyons un soleil qui se couche, laissant l'obscurité advenir. A gauche, une irradiation  bleue se scande d'une maison sur pilotis dont l'ombre s'étend à contre sens de la marée. A droite, l'obscurité qui avance révèle le bleu de derrière les nuages.

Par son flamboiement orangé, le soleil couchant semble livrer un dernier combat, de plus en plus enfermé, de plus en plus enserré dans un défilé de parois bleues. Mais son combat est perdu d'avance de par notre indifférence. Car au final l'œil est tiré vers le premier plan, sur la droite, vers cette masse pourpre et brune que l'on se dit être un grand panier de pêcheur. Et notre œil se retrouve à circuler entre ce panier et la maison au loin chargée d'ombre bleue, via la femme courbée au premier plan.

De quoi ce tableau est-il l'image ? Il est impossible de répondre immédiatement. Peut-être il y la fusion de deux images, la plage en journée, la plage au couchant. Turner, annonçant Picasso ?

Laissons là les images conventionnelles censées représenter le monde. Considérons les quatre signes dont les vibrations lumineuses se propagent à travers le tableau. Nommons ces signes picturaux "signes vibratoires"  :
- le signe vibratoire "femmes en jupon blanc à la marée basse"
- le signe vibratoire "obscurité bleue qui déroule son flux montant"
- le signe vibratoire "soleil orangé disparaissant"
- le signe vibratoire "panier pourpre s'imposant de son immobilité massive".

 L'équivalence symbolique entre l'humanité et le soleil est comprise immédiatement. L'autre équivalence demande l'empathie du spectateur pour le contexte : une maison au loin, un panier tout près. Turner construit une correspondance entre deux signes, entre le présent du panier massif mais encore vide, et l'avenir de la maison chargée d'ombre bleue. Il y a  mise en scène de la rencontre entre la vibration puissante du panier qui attend et la palpitation bleutée de l'ombre de la maison qui se dégage au dessus de la plage. Ici, mobilisons l'équivalence femme = maison.

Quelle est la signification de cette palpitation bleutée, de cette maison-femme-ombre bleue ?

Tous disent de Turner : c'est le peintre de la lumière et de ses jeux chromatiques. Oui ! Mais il y a autre chose dans les tableaux de Turner. Il s'agit de la pensée qui au présent anticipe l'avenir. Dans notre regard mental, un signe - une vibration -  part d'une source proche et se propage sur le monde. Mais du monde, de l'avenir, arrive en même temps un autre signe - une autre vibration. Dans notre esprit, ces signes - ces vibrations - s'affrontent et se tissent simultanément. Une pensée en surgit.

Quelle est la pensée des femmes de pêcheurs, au moment où la mer se retire de la plage ? C'est une pensée de la performance à faire : "Au coucher du soleil, lorsque l'obscurité amènera sa marée, aurons nous recueilli dans le panier un nombre suffisant d'appâts pour nos maris ? Le panier sera-t-il rempli autant que la maison au loin sera chargée d'ombre ? ". C

Turner donne à voir la pensée de ces silhouettes à peine visibles, toutes courbées. En effet, le tableau nous fait détourner  notre regard de la dramaturgie évidente du soleil couchant pour ailler détailler, sur la droite du tableau, les femmes au travail, et nous sommes étonnés qu'il y ait foule. Le temps est compté, alors le nombre fait la force.

Au fait, que disait Picasso ?  "Ce n'est pas l'escalier qu'il faut peintre, mais ce que l'on pense en montant l'escalier". Turner, Picasso ..tous les grands peintres peignent la pensée, ses inquiétudes, ses terreurs, ses espoirs, ses joies, ses amours, ses jeux. Et inventent de nouveaux signes.

Référence du tableau : J. M. W. Turner (1775 - 1851)
Calais Sands, Low Water, Poissards (Fishwives) Collecting Bait, 1830

Oil on canvas. Bury Art Galleryand Museum. Lacanshire.

lundi 8 février 2010

Expos Boltanski : pourquoi boire du vin, c'est tuer la bouteille ?

Brr, je ne me fais pas à l'idée d'aller visiter les expositions de Christian Boltanski, au Grand Palais ou au MAC/VAL.
Déjà, je n'aime pas trop aller au cimetière le Jour des Morts et faire revenir les fantômes des êtres que l'on a chéris.

La publicité dans le Métro me rappelle à l'ordre : "il faut y aller pour préparer son séjour au royaume des morts". J'avais mal compris : il ne s'agit pas des autres déjà mort, il s'agit de s'imaginer soi-même mort. Est-ce que Boltanski évoque les 2 500 000 personnes qui, inscrites à pôle Emploi, sont "mortes de non emploi", il ne semble pas. Si j'étais une de ces personnes au chômage, est-ce que j'aurai envie qu'un ectoplasme me demande "Dis moi, comment t'a-t-on licencié ? As-tu beaucoup souffert", je ne sais pas. Des fois, c'est bien de parler. Mais parler dans le vide, n'est-ce pas encore plus angoissant ?

Je poursuis ma lecture de Métro, et suis interpellé par cette formule "J'aime l'idée que voir une œuvre, c'est lui enlever un peu de vie : une bonne bouteille de vin, n'existe pas tant qu'elle n'est pas ouverte et une fois bue, elle n'est plus rien". Obsédé, je transcris "utiliser un salarié, c'est lui enlever un peu de vie, une fois bu, le salarié n'est plus rien". Intéressant : c'est ça le discours de l'art contemporain ?

Bref, le soir, à la maison, accueillant des amis, j'ai à ouvrir une bouteille de bon vin. Je me sens piteux "Ah, ma gaillarde, je vais te réduire à zéro, c'est Boltanski qui te le dit". Mais, de façon surprenante, voila que les arômes du vin m'emplissent le nez, la bouche, submergent mes sens, bouleversent mes souvenirs de visite de caves. Je m'imagine vigne aimantée par la lune, dorée par le soleil, baignée par la pluie. Je vis, je vis. Oh, oh, bonne bouteille, tu vivras éternellement en moi, et en mes amis d'agapes.