vendredi 3 février 2012

Adhère au féminin, adhère au noir : du Phénix, tu es la cendre

Lao - Tseu (chapitre XXVIII)

Connais le masculin,
Adhère au féminin.
Sois le Ravin du monde.
Quiconque est le Ravin du monde,
la vertu constante ne le quitte pas.
Il retrouve l'enfance.
Connais le blanc.
Adhère au noir
Sois la norme du monde.
Quiconque est la norme du monde,
la vertu constante ne s'altère pas en lui.
Il retrouve l'illimité.


Encre de chine. 2008.
Encre de chine. 2008.



Encre de chine. 2008.


 La renaissance du Phénix : devenir Cendre pour renaître Encre

Vitalité ! Beauté ! La vie donne existence à l’énergie.

Dans la vibration du corps, l'encre recueille l’énergie de la vie.

Après un apprentissage en Chine, Francis Raphaël Jacq devient Fei Fei (Oiseau Oiseau) et fait dialoguer les cultures française et chinoise.

Révéler la beauté de l’énergie du monde dans le corps vivant! Retrouver dans la culture chinoise la renaissance du Phénix.

Le corps encré à la brosse de larges aplats est vivement frappé sur du papier de riz : l'empreinte est à chaque fois singulière.

Vibration du corps, vibration de l’imaginaire : feuilles de la plante, pétales de la fleur, ailes de l’oiseau.

Détail du Phénix


Pour une critique de Yves Klein

D'Yves Klein, on dit que toute sa vie, il sera fasciné par le vide, par l’immatériel et par l’immense. Cela le conduit a rejeter le bon goût, le figuratif, le peintre peignant à distance son modèle : une femme.

Il imagine un dispositif de création collaborative où le modèle devient un pinceau qu'il guide par des recommandations verbales. Du modèle apparait une figuration brute : des seins, un ventre, des cuisses.
"il ne fallait pas que les mains s’imprimassent, cela aurait donné un humanisme choquant aux compositions que je cherchais... Bien sûr, tout le corps est constitué de chair, mais la masse qui se trouve essentielle, c’est le tronc et les cuisses. C’est là où se trouve l’univers réel caché par l’univers de la perception "

Mais Yves Klein ne va pas jusqu'au bout du de sa critique du dispositif "Peintre / Modèle à reproduire"
" Personnellement, jamais je ne tenterai de me barbouiller le corps et de devenir ainsi un pinceau vivant ; mais au contraire, je me vêtirais plutôt de mon smoking et j’enfilerais des gants blancs. Il ne me viendrait même pas à l’idée de me salir les mains avec de la peinture. Détaché et distant c’est sous mes yeux et sous mes ordres que doit s’accomplir le travail de l’art. "

 A l'inverse, Francis Raphael Jacq se met nu et se barbouille le corps. Il fait de lui un pinceau vivant.

Il n'a plus d'yeux pour se guider. Il est seulement une poitrine, un ventre, et des cuisses.

Il obéit aux deux ordres primaires : "tu frappes le papier", "tu te retires du papier".

Il est YANG qui devient YIN.

Quelle est la modernité de ma démarche ?

Ma démarche artistique prend le contre pied de la tendance actuelle qui est l'accumulation sur un même support de différentes images, qui est l'addition sur un même support de plusieurs gestes de découper/coller. C'est la transposition au plan de l'art de notre ambiance contemporaine saturée par le souci de l'ordre, des rapports de force, de la "visibilité qui en impose".

Au contraire, "je m'efforce à un moins de force", "j'invite à une acceptation de l'entropie, du un-peu-plus-de-désordre". A coté d'une écologie des ressources, je propose une "écologie des images".

Aussi ma démarche est plutôt de prendre une image, d'ouvrir ses potentiels de forme et de couleur et laisser s'écouler, laisser se diffuser les formes et les couleurs.

Je suis philosophe de formation. La philosophie distingue entre l' Etant, constitué par les activités et les technologies, et l'Etre qui est une attitude de disponibilité à ce "moment de vie" où le sens devient ambigu, équivoque, hyperbolique. Le moment où dans les possibles connus, s'ouvre une fenêtre vers l'im-possible. C'est im-possible, et pourtant, j'y suis. J'y frappe.



Les références artistiques

Carolee Schneemann

Carolee Schneemann est une artiste multidisciplinaire. Elle a transformé la définition de l'art et en particulier par son discours sur le corps et la sexualité. L'histoire de son travail se caractérise par ses recherches dans des traditions visuelles archaïques, dans le plaisir et la libido empreints de tabous suppréssifs, dans le rapport dynamique du corps de l'artiste avec le corps social. Ainsi son propre corps est l'élément central de ses performances qui traitent le plus souvent des rituels et de la "grande déesse".


Au début des années 60', lorsqu'elle arrive à New-York pour commencer une carrière de peintre, elle est attirée par un travail de la célèbre New- York School of painting et par ses recherches d'élargissement du tableau traditionnel. Tout comme Robert Rauschenberg, elle combine différents matériaux dynamisant et spatialisant la surface picturale.

Entre 1962 et 1964 elle travaille sur le corps féminin en tant qu'objet du regard masculin dans sa série "native beauties" . Ses premières performances datent de la même époque: en 1960 elle joue pour la première fois devant un public dans "labyrinth" et en 1962 elle participe à la performance de Claes Oldunburg , "store days1".Comme danseuse et chorégraphe du Judson Church Theatre, Schneemann a une double identité de performeur et de plasticienne.

Elle doit sa percée à "Eye Body (thirty-six trasformative actions for caméra 1963)". Elle réalise la performance "Meat joy" en 1964, "Up to and including her limits "(1973-1976), "Intérior scroll"1975... Aujourd'hui Carolee Schneemann est unanimement reconnue pour sa contribution au body art américain et son itinéraire oscillant entre peinture , happening , living- theatre , et le groupe Fluxus fait d'elle une révolutionnaire.


Kazuo Shiraga

Avec ses amis et contemporains Akira Kanayama, Saburo Murakami et Atsuko Tanaka, il énonce la devise fondatrice qui explique le nom qu'ils se donnent "GUTAI" : "L'art doit partir du point zéro absolu et se développer selon sa propre créativité." Rejetant tout principe de composition picturale, tout idéal d'harmonie, toute représentation, il en vient bientôt à concevoir la peinture comme un corps à corps avec la couleur.



En mai 1957, Gutaï organise à Osaka l'exposition "Art Using the Stage". Shiraga s'y montre vêtu d'un costume écarlate démesuré. Cette couleur est celle qu'il piétine et étale dans ses toiles de la fin des années 1950 et du début de la décennie suivante. De grand format, elles sont aux dimensions du corps.

A ce moment, sa notoriété a déjà largement dépassé le Japon, où ses apparitions créent stupeur et scandale. En 1957, le critique français Michel Tapié s'intéresse à lui et contribue à le faire connaître à Paris, où Shiraga, le premier du groupe Gutaï, expose à la galerie Stadler en 1962 et entre en rapport avec l'avant-garde - en particulier avec Jean-Jacques Lebel, dont les happenings ne sont guère moins virulents.

A New York, ses performances retiennent l'attention d'Allan Kaprow, fondateur de la performance aux Etats-Unis qui reconnaît à Gutaï son rôle fondateur : à Shiraga pour ses combats avec les éléments et à Murakami qui déchire en bondissant des feuilles de papier tendues sur des châssis. Les photographies de ces gestes, largement reproduites, ont fait des deux artistes les héros d'un nouveau mode d'expression, qui n'a plus besoin du support de la toile, à la différence de l'action painting de Jackson Pollock. 


A propos des "anthropométries" d'Yves Klein   

Extrait du site boomer-cafe.net


La "technique des pinceaux vivants", ou "anthropométrie" (c'est le terme inventé par Pierre Restany - anthropo, du grec anthropos : homme, et métrie : mesure - pour décrire la technique de Klein), revient à laisser au corps humain le soin de faire le tableau, mettant ainsi l’artiste en retrait. Chez Klein un lien intime unit la peinture au corps et à la chair.

“Je dirigeais, en tournant rapidement autour de cette fantastique surface 
au sol, tous les mouvements et déplacements du modèle qui, d’ailleurs, grisée par l’action et par le bleu vu de si près et en contact avec sa chair, finissait par ne plus m’entendre lui hurler: ” encore un peu à droite”, “là, revenez en roulant sur le ventre et sur le dos”, “venez de ce côté là!”, “écrasez votre sein droit sur cet endroit précis”. Yves Klein

Les Anthropométries sont souvent le résultat de performances réalisées 
en public avec des modèles dont les corps enduits de peinture impriment leurs empreintes sur la toile, leurs mises en scène participent elles aussi de la conception que Klein se faisait de l’art : créer dans l'instant, par la surprise et la provocation, une sensibilité nouvelle.


Happening d'Yves Klein 1960


C'est le 9 mars 1960 que Klein organise sa première performance "anthropométrique", à la Galerie internationale d'art contemporain de Maurice d'Arquian à Paris, devant une centaine d'artistes, critiques et collectionneurs. 

Neuf musiciens commence la symphonie monotone ( monotone) "composée de deux parties : un énorme son continu suivi d’un silence aussi énorme et étendu, pourvu d’une dimension illimitée", silence pendant lequel on entendit un spectateur déclaré, paraphrasant le mot de Sacha Guitry, "Oh privilège du génie ! Après un morceau de Klein, le silence qui suit est encore de lui...". 

Trois modèles se badigeonnent les seins, le ventre et les cuisses de couleur bleue. Elles réalisent ensuite diverses anthropométries, en se plaquant ou se trainant au sol, dont la plus connue est "Anthropométrie de l'époque bleue". Yves Klein, en tenue de soirée, s’y présente en chef de cérémonie, dirigeant à la fois ses violons et les femmes peintes qui laisseront leur trace sur la toile. Cette soirée fut la première manifestation d'u mouvement naissant des "Nouveaux réalistes" qui réunit autour de Pierre Restany et d'Yves Klein, Tinguely, Hains, Arman, Dufrêne, Raysse et Spoerri.




Yves Klein performance du 9 mars 1960




Yves Klein performance du 9 mars 1960
Yves Klein performance du 9 mars 1960






 Vidéo
 


Yves Klein performance du 9 mars 1960



"(...) je me suis servi de pinceaux vivants pour peindre, 
en d’autres termes du corps nu de modèles vivants enduits de peinture, ces pinceaux vivants étant constamment placés sous mes ordres, du genre : "un petit peu à droite ; et maintenant vers la gauche ; de nouveau un peu à droite", etc. Pour ma part, j’avais résolu le problème du détachement en me maintenant à une distance définie et obligatoire de la surface à peindre (...)



Yves Klein - Anthropométrie

"Pour ne citer qu’un exemple des erreurs anthropométriques entretenues à mon sujet par les idées déformées répandues par la presse internationale, je parlerai de ce groupe de peintres japonais qui, avec la plus extrême ardeur, utilisèrent ma méthode d’une bien étrange façon. Ces peintres se transformaient tout bonnement eux-mêmes en pinceaux vivants. En se plongeant dans la couleur et en se roulant sur leurs toiles, ils devinrent les représentants de l’"ultra-action painting" ! Personnellement, jamais je ne tenterai de me barbouiller le corps et de devenir ainsi un pinceau vivant ; mais au contraire, je me vêtirais plutôt de mon smoking et j’enfilerais des gants blancs. Il ne me viendrait même pas à l’idée de me salir les mains avec de la peinture. Détaché et distant c’est sous mes yeux et sous mes ordres que doit s’accomplir le travail de l’art.

Qu’est-ce qui m’a conduit à l’anthropométrie ? (...) 
Je venais de débarrasser mon atelier de toutes mes œuvres précédentes. (...) À partir de ce moment-là, je louais des modèles à l’exemple de tous les peintres. Mais contrairement aux autres, je ne voulais que travailler en compagnie des modèles et non pas les faire poser pour moi.(...)" Yves Klein Manifeste de l'Hôtel Chelsea New-York 1961

Klein choisit aussi de ne pas représenter les mains : 
"il ne fallait pas que les mains s’imprimassent, cela aurait donné un humanisme choquant aux compositions que je cherchais... Bien sûr, tout le corps est constitué de chair, mais la masse se trouve essentielle, c’est le tronc et les cuisses. C’est là où se trouve l’univers réel caché par l’univers de la perception"




Yves Klein - Anthropométrie




Yves Klein - Anthropométrie


Klein considérait, comme Dali, que l’artiste était un personnage public et se devait de mener une existence théâtrale. Toute sa vie Yves Klein sera fasciné par le vide, par l’immatériel et par l’immense. C'est une des personnalités les plus marquantes et les plus controversées de l'art d'après-guerre. "Je me sens particulièrement enthousiasmé par le "mauvais goût". J’ai la conviction intime qu’il existe là, dans l’essence même du mauvais goût, une force capable de créer des choses qui sont situées bien au-delà de ce que l’on appelle traditionnellement l’"œuvre d’art". 

Yves Klein est né le 28 avril 1928 à Nice, son père est un peintre figuratif et sa mère un peintre abstrait géométrique. 
Dès 1946 Yves Klein peignait des tableaux monochromes dont seul variait le format. "Alors que j’étais encore un adolescent, en 1946, j’allais signer mon nom de l’autre côté du ciel durant un fantastique voyage "réalistico-imaginaire". Ce jour-là, alors que j’étais étendu sur la plage de Nice, je me mis à éprouver de la haine pour les oiseaux qui volaient de-ci de-là dans mon beau ciel bleu sans nuage, parce qu’ils essayaient de faire des trous dans la plus belle et la plus grande de mes œuvres."





Yves Klein - Anthropométrie

Yves Klein - Anthropométrie

En 1952, il part perfectionner sa connaissance du Judo au Japon où il devient ceinture noire, quatrième dan, grade qu’aucun Français n’a atteint à cette époque. Entre 1955 et 1962, Klein a réalisé quelque 194 monochromes, à partir de 1957 il choisit exclusivement une variété de bleu outremer. "Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes matérielles ou tangibles d’une manière psychologique, tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel. Ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible" Yves Klein. En 1958 il fait l’exposition du vide : vernissage des murs nus de la galerie Iris Clert à Paris. Il dépose en 1960 le brevet d'une couleur bleue (IKB : International Klein Blue). Après ses anthropométries, en 1961, il exécute des "peintures" et des "sculptures" de feu, obtenues par la combustion des cartons. Klein utilise l’or, le feu, et met en place des œuvres rassemblant une trilogie de couleurs bleue, or et rose. Il meurt d’une crise cardiaque en juin 1962.

vendredi 8 juillet 2011

Cy Twombly, peintre voyageur

Le grand artiste américain, ami de Rauschenberg et Johns, vient décédé à Rome, à l'âge de 83 ans. Installé dès les années 50 en Italie, Cy Twombly, avec la lumière de la Méditerranée, a introduit dans les figures du surréalisme les formes dites Classiques.

Cy Twombly, "Untitled (Say Goodbye Catullus, to the Shores of Asia Minor)" (1994), Menil Collection, Houston. Photo : Kewing, licence CC

Cy Twombly est mort. Il avait 83 ans. Il était un artiste immense, l’un des derniers grands peintres de l’âge d’or de l’art américain. Robert Rauschenberg, son ami, s’en est allé il y a trois ans, et Jasper Johns, qui a fêté au mois de mai dernier ses 81 ans, doit à présent se sentir bien seul. Ces trois-là s’étaient connus en 1950 à New York. Et, quelques années plus tard, tandis que Rauschenberg et Johns inventaient la peinture américaine en l’affranchissant de l’art européen, Twombly prenait le chemin inverse, s’installait en Italie, parcourait le monde, et revisitait nos mythes fondateurs.


<p>Un détail du plafond du musée du Louvre peint par Cy Twombly. Antoine Mongodin/MAXPPP</p>
Un détail du plafond du musée du Louvre peint par Cy Twombly. Antoine Mongodin/MAXPPP

Cy Twombly est mort à l’hôpital de Rome. Le cancer contre lequel il luttait depuis des années a fini par l’emporter. En mars 2010, il inaugurait le plafond qu’il avait conçu pour la salle des bronzes du musée du Louvre. Il était souriant. On l’imaginait tels les dieux grecs statufiés par les sculpteurs que son plafond célébrait : immortel. On imaginait beaucoup d’autres choses encore, car l’artiste cultivait le secret. On disait qu’il vivait à Gaeta, un bourg perché sur un rocher de la côte à mi-chemin entre Rome et Naples. On décrivait sa maison rudimentaire, au confort spartiate. On nourrissait la légende.


Cy Twombly habitait plusieurs lieux.

Il voyageait sans cesse
En réalité, Cy Twombly n’habitait nulle part, ou un peu partout, à Gaeta, c’est vrai, le point central de sa vie depuis 1985, mais aussi à Rome, à Bassano in Teverino, dans le Latium, où il avait acheté et rénové une demeure du XVe siècle, à New York où il possédait un atelier, à Captiva Island puis à Jupiter Island, en Floride, à Lexington, sa ville natale de Virginie, où il avait acheté une maison en 1993, aux Antilles, où il passait de plus en plus de temps. Cy Twombly habitait plusieurs lieux. Il voyageait sans cesse. Il avait la bougeotte.

Bougeotte n’est pas ici un vain mot. Ainsi, au début de l’année 1979 – année tout à fait ordinaire, prise au hasard de sa biographie –, il est à Naples pour exposer ses sculptures dans la galerie de Lucio Amelio ; en avril, il est à New York, où le Whitney Museum organise une rétrospective de son œuvre ; en mai, il vient à Paris rencontrer Roland Barthes, qui vient de préfacer le premier volume du catalogue raisonné de ses dessins, édité par le galeriste français Yvon Lambert ; en juin et juillet, il peint à Bassano ; à l’automne, il voyage en Union soviétique, puis en Afghanistan ; au mois de décembre, enfin, il part faire des aquarelles aux Saintes, dans les Antilles françaises.

Cy Twombly voyage donc beaucoup. Les pays dont les traditions artistiques sont fortes et anciennes l’attirent : l’Egypte et le Soudan (1962), le Mexique (1968), l’Irlande (1969), l’Inde (1973), la Tunisie (1975), le Yémen (1982), le Japon (1996), l’Iran (1999), et bien sûr de nombreuses fois la Turquie et la Grèce. Car voilà posé le paradoxe : Edwin Parker Twombly, surnommé Cy, né en 1928 à Lexington, petite bourgade de Virginie, sur la côte est des Etats-Unis, fils d’un joueur de base-ball (George Frederick Twombly, mort lui aussi à 83 ans), est avant tout un peintre méditerranéen.

L'Américain garda toujours une grande admiration pour l’œuvre de Pierre Daura, son premier maître
Il fut formé par Pierre Daura, peintre espagnol, républicain gravement blessé durant la guerre d’Espagne, qui fuit la Seconde Guerre mondiale et s’installa en Virginie, d’où était originaire sa femme. Celui-ci enseigna le dessin au jeune Cy, entre 1942 et 1946. Cy Twombly et lui restèrent très liés. Le peintre américain garda toujours une grande admiration pour l’œuvre de son premier maître. Daura le Catalan, né à Minorque en 1896, est le premier contact avec la Méditerranée Qu’a-t-il raconté à l’adolescent émerveillé ? Sa propre éducation artistique, à Barcelone, par José Ruiz, le père de Picasso ? Son amitié, lorsqu’il vivait à Paris, avec Torres García, Mondrian, Kandinsky, Arp ou Léger ? Les visites que lui rend André Breton ? En 1947, lorsqu’il intègre l’Ecole des beaux-arts de Boston grâce à Daura, Twombly aime à la fois l’esprit dada et la peinture de Soutine, Giacometti et Dubuffet. L’Amérique viendra plus tard, en 1950, lorsqu’il obtient de la Washington and Lee University de Lexington, où il est entré en 1949, une bourse pour étudier à l’Art Student League de New York. Là, il se lie avec Rauschenberg et découvre dans les galeries de la ville les œuvres de ses aînés : Pollock, Rothko, Barnett Newman, Motherwell, Clyfford Still, de Kooning ou Franz Kline.

<p>photo : STR/KEYSTONE/MAXPPP</p>
photo : STR/KEYSTONE/MAXPPP

La biographie de Twombly porte une attention particulière sur l’année 1951. Cette année-là, Rauschenberg attire son ami au Black Mountain College, une université expérimentale fondée en 1933, en Caroline du Nord. Les professeurs sont des artistes résidants : Merce Cunningham y enseigne la danse, John Cage la musique, Kline et Motherwell la peinture, et le poète Charles Olson, également directeur du College, la littérature. Ils organisent à la Seven Stairs Gallery de Chicago la première exposition du jeune peintre – qui exposera à nouveau en fin d’année, grâce à Motherwell, à la Kootz Gallery de New York. Comme la plupart des artistes américains, Twombly est alors marqué par le surréalisme – durant son service militaire, effectué à Augusta, en Géorgie, entre les étés 1953 et 1954, il expérimentera même le dessin automatique dans le noir.

Ainsi se dessine peu à peu l’art de Twombly, subtil mélange de classicisme (son amour pour Poussin !) et d’une spontanéité venue du surréalisme (son trait proche du graffiti mais doté d’une grâce inouïe), nourri de mythologie (son langage symbolique), de poésie (Keats comme Valéry ou Mallarmé) et de voyages, le tout magnifié par la lumière de la Méditerranée. Au bout de ce chemin exigeant, il y a le geste peu à peu libéré et la peinture patiemment conquise, du dessin jusqu’à la couleur, des représentations purement graphiques jusqu’aux ultimes hymnes à la nature, aux fleurs, au rythme des saisons.

D'après Olivier Cena

mercredi 30 mars 2011

Exposition Société Générale Paris Bourse "La peinture comme magie" du 1 au 31 mars 2011

Exposition du 1 au 31 mars autour du thème "la peinture comme magie" dans les locaux de la Société Générale Paris Bourse.












vendredi 14 janvier 2011

Massacre d'une innocente

La question

Comment témoigner du massacre des innocents en peinture ? Dans la plupart des tableaux classiques sur ce thème, on peut considérer que la mise en valeur des mouvements et des muscles des massacreurs revient à faire un éloge de la force. Face à l'action, le mimétisme nous entraîne malgré nous.

Spontanément, nous sommes SUJET de l'action plutôt qu'OBJET de l'action.

Je recherche ici une autre voie : faire éprouver l'impuissance, la passivité, la souffrance de la victime.

Comment fabriquer des images du point de vue de la victime ?

Je prends comme point de départ une vidéo diffusée sur le net, montée à partir de vidéos faites par un ou plusieurs mobiles. Dans cette vidéo, j'ai sélectionné 18 images qui peuvent s'articuler entre elles de façon à satisfaire des règles esthétiques : rythmiques des lignes et des plans, enchaînements, contrastes et dilutions des couleurs.

Ensuite, sur le site www.cartoonize.net j'ai soumis ces 18 images à un effet de cartoon. Par ce dédoublement, j'espère créer une distance entre le vécu brutal qui est filmé en direct et des images artificielles qui seraient les signes que la jeune fille nous adresse. Des images qui devraient raconter une histoire d'amour, mais qui montrent l'horreur.

Je ne sais pas si mon expérimentation accomplit mon cri :

"PLUS JAMAIS LA LAPIDATION D'UN OU D'UNE  PAR TOUS" !

"PLUS JAMAIS LA LAPIDATION DE  L'AMOUR" !

                                                                   ***********

Une jeune fille kurde de 17 ans, Doah Khalil Aswad, a été lapidée pour être entrée en relation avec un jeune musulman sunnite. Son « crime » : appartenant à une communauté kurde de religion Yazidi dans la ville de Bashiqa, proche de Mossul, capitale du Kurdistan irakien, elle projetait d’épouser un jeune musulman sunnite dont elle était amoureuse et envisageait semble-t-il de se convertir ; « suprême horreur », elle lui avait même rendu visite.

Pendant 4 mois, un sheik musulman local l’a abrité. Mais dans les derniers jours, sa famille l’a persuadée de retourner chez elle, la convaincant que ses parents et ses proches lui avaient pardonné sa « faute ».

Mille hommes – ou plutôt 1000 bestiaux lâches et vociférant – l’attendaient en embuscade sur le chemin de sa maison et l’empoignent. Ils lui arrachent sa jupe pour signifier qu’elle avait déshonoré sa famille et la religion Yezidi, puis la lapidation commence.

Elle hurle, pleure et crie au secours ; pendant une demi-heure, ces « hommes » la labourent de coups de pied à l’estomac.

Respirant encore, elle gît sur la route à demi-nue, le visage en bouillie, couverte de sang. Pour l’achever, l’un d’eux - son père - lui jette une grosse pierre sur le visage.

La lapidation a été filmée par plusieurs mobiles.

























Quelle est ma démarche ?

Je prends le contre pied de la tendance actuelle qui est l'accumulation sur un même support de différentes images, addition sur un même support de plusieurs gestes de découper/coller. C'est la transposition au plan de l'art de notre ambiance contemporaine saturée par le souci de l'ordre, des rapports de force, de la "visibilité qui en impose".

Au contraire, "je m'efforce à un moins de force", "j'invite à une acceptation de l'entropie, du un-peu-plus-de-désordre". A coté d'une écologie des ressources, je propose une "écologie des images".

Aussi ma démarche est plutôt de prendre une image, d'ouvrir ses potentiels de forme et de couleur et laisser s'écouler, laisser se diffuser les formes et les couleurs.

Je suis philosophe de formation. La philosophie distingue entre l' Etant, constitué par les activités et les technologies, et l'Etre qui est une attitude de disponibilité à ce "moment de vie" où le sens devient ambigu, équivoque, hyperbolique. Le moment où dans les possibles connus, s'ouvre une fenêtre vers l'im-possible. C'est im-possible, et pourtant, j'y suis, j'y chemine.

Chacun de mes tableaux est un témoignage de mon cheminement dans l'im-possible.