dimanche 28 octobre 2012

Mon ami Rafael Gomez primé


Choix de vie - Coup de coeur du Jury - Sculpture



MyContemporary

Artiste: 
 Rafael Gomez

Date de réalisation de l'oeuvre: 
 Octobre 2012

Description: 
Titre de l'oeuvre: Choix de vie
Technique utilisée: techniques mixtes
Année de création de l'oeuvre: 2012
Dimensions de l'oeuvre: largeur 21.5cm ; longueur40.5cm ; hauteur 29cm

Warning: 
 Voir une oeuvre sur internet ne remplacera jamais votre confrontation à l'originale.

Portrait de Citronvert1

Manuscrit Illuminé

LA technique et le travail dans cet oeuvre sont épatant! Cet enchevêtrement de fils électriques et de tuyaux qui vomissent les mots de lumière parle du monde créer par l'être humain et très troublant. Dans ses veines de métal, il ne coule ni de l'eau, ni de sang - les deux liquides qui sont essentiels à nos vies. A mes yeux, cet oeuvre parle du monde que nous avons créé, qui est mis en question par le mots qui sortent de ses robinets. Très beau, très poétique.

Portrait de Kwame

Les philosophes du siècle

Les philosophes du siècle dernier prétendaient que l'art est subjectif et que la science est objective. En revanche, en droit artistique et de propreté industriel il est d'usage "qu'une œuvre artistique doit porter l'empreinte de l'originalité de son auteur".
Nous voyons bien que ces deux sciences sociales font l'éloge des œuvres artistiques.
Nous comprenons aussi que c'est dans le même courant d'idées que s'inscrit l'imagination artistique et la créativité de Mr Rafael Gomez.
Bravo, continuez ainsi, la gloire n'est pas si loin.
Kouamé Saint-Paul KOFFI

Portrait de Audrey M.

magnifique œuvre. Audrey M.

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magnifique œuvre.
Audrey M.

Portrait de antoine

quand l'oeuvre sert à faire

quand l'oeuvre sert à faire passer le message
cela augmente sa valeur, surtout avec un brin d'humour
Merci c'est joli !

Portrait de kaseb

drink me

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Source de lumières. Jeux de lumières. Le spectateur devient acteur au fil de son imagination.

Portrait de Fei Fei

Eau

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L'eau dans tous ses états !

mercredi 24 octobre 2012

La peur de la liberté : dominer ou servir



Texte A : Cyrano de Bergerac, Les états et empires du soleil (1662)


Une perdrix nommée Guillemette la Charnue, blessée par la balle d'un chasseur, a demandé

devant un tribunal réparation « à l’encontre du genre humain>>. '

Plaidoyer fait au Parlement des oiseaux, les Chambres assemblées,

contre un animal accusé d'être homme.



« (..). Examinons donc, messieurs, les difficultés de ce procès avec toute la contention1 de laquelle nos divins esprits sont capables.

Le nœud de l'affaire consiste à savoir si cet animal est homme et puis en cas que nous avérions2 qu'il le soit, si pour cela il mérite la mort. Pour moi, je ne fais point de difficultés qu'il ne le soit, premièrement, par un sentiment d'horreur dont nous nous sommes tous sentis sai si s à sa vue sans en pouvoir dire la cause ; secondement, en ce qu'il rit comme un fou; troisièmement en ce qu'il pleure comme un sot; quatrièmement, en ce qu'il se mouche comme un vilain3;cinquièmement, en ce qu'il est plumé comme un galeux; sixièmement, en ce qu'il a toujours une quantité de petits grès carrés dans la bouche qu'il n'a pas l'esprit de cracher ni d'avaler; septièmement, et pour conclusion, en ce qu'il lève en haut tous les matins ses yeux, son nez et son large bec, colle ses mains ouvertes la pointe au ciel plat contre plat, et n'en fait qu'une attachée, comme s'il s'ennuyait d'en avoir deux libres; se casse les deux jambes par la moitié, en sorte qu'il tombe sur ses gigots; puis avec des paroles magiques qu'il bourdonne, j'ai pris garde que ses jambes rompues se rattachent, et qu'il se relève après aussi gai qu'auparavant. Or, vous savez, Messieurs, que de tous les animaux, il n'y a que l'homme seul dont l'âme soit assez noire pour s'adonner à la magie, et par conséquent celui-ci est homme. Il faut maintenant examiner si, pour être homme, il mérite la mort. Je pense, Messieurs, qu'on n'a jamais révoqué en doute que "toutes les créatures sont produites par notre commune mère, pour vivre en société : si je prouve que l’homme semble n'être né que pour la rompre, ne prouverai-je pas qu'en allant contre la fin de sa création, il mérite que la nature se repente de son ouvrage. C’est l'égalité; mais l'homme ne la saurait endurer éternellement il se rue sur nous pour nous manger. il se fait accroire que nous n'avons été faits que pour lui; il prend pour argument de sa supériorité prétendue, la barbarie avec laquelle il nous massacre, et le peu de résistance qu’il trouve à forcer notre faiblesse, et ne veut pas avouer à ses maîtres, les aigles, les condors et les griffons, par qui les plus robustes d’entre eux sont surmontés. Mais pourquoi cette grandeur et disposition de membres marquerait-elle diversité d'espèce, puisqu'entre eux-mêmes il se rencontre des nains et des géants? Encore est-ce un droit imaginaire que cet(empire dont ils se flattent; ils sont au contraire si enclins à la servitude, que de peur de manquer à servir, ils se vendent les uns aux autres leur liberté. C'est ainsi que les jeunes sont esclaves des vieux, les pauvres des riches, les paysans des gentilshommes, les princes des monarques, et les monarques mêmes des lois qu'ils ont établies. Mais avec tout cela ces pauvres serfs ont si peur de manquer de maîtres, que comme s'ils appréhendaient que la liberté ne leur vînt de quelque endroit non attendu, ils se forgent des dieux de toutes parts, dans l'eau, dans l'air, dans le feu, sous la terre. »





Texte B:Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1796)



Un vieillard s'adresse aux Tahitiens (Otaïtiens) pour les mettre en garde contre l'arrivée des colons français.

«Pleurez, malheureux Otaïtiens, pleurez;mais que ce soit de l'arrivée et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants. Un jour., vous les connaîtrez mieux. Un jour ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pencj au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagance et et à leurs vices. Un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console.

je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. Ô Otaïtiens ! ô mes amis! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent.» Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta:« Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte prompte­ ment ton vaisseau de notre rive: nous sommes innocents, nous sommes heureux, et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature, et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous, et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous, et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras, tu es devenu féroce entre tes leurs. Elles ont commencé à se haïr; vous vous êtes égorgés pour elles, et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres, et voilà que tu as enfoui dans notre terre te titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon. Qui es-tu donc pour faire des esclaves? Orou, toi qui entends ta tangue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me t'as dit à moi-même, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi! et pourquoi? parce que tu y as mis le pied ! Siun Otaïtien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays est aux habitants d'Otaïti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort, et qu'est-ce que cela fait? Lorsqu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé; et dans te même instant tu as projeté au fond de ton cœur te vol de toute une contrée! Tu n'es pas esclave, tu souffrirais plutôt la mort que de l'être, et tu veux nous asservir! Tu crois donc que l'Otaïtien ne sait pas défendre sa liberté et mourir? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, I'Otaïtien est ton frère; vous êtes deux enfants de la nature; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi? Tu es venu; nous sommes-nous jetés sur ta personne? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux? Nous avons respecté notre image en toi Laisse-nous nos mœurs, elles sont plus sages et plus honnêtes que tes tiennes. Nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus?»


Texte C: Extrait de Jean-Claude Carrière la Contreverse de Valladolid (1992)

En 1550, un légat du pape doit décider si les Indiens sont des hommes libres ou une race inférieure. Sepulveda, fin lettré, défend l'esclavage alors que Las Casas, prêtre qui a vécu dans le Nouveau Monde, s'indigne du sort réservé aux indigènes.

Le cardinal, qui n'a pas interrompu le dominicain, semble attentif à cette argumentation nouvelle, qui s'intéresse aux coutumes des peuples. Il fait remarquer qu'il s'agit là d'un terrain de discussion des plus délicats, où nous risquons d'être constamment ensorcelés par l'habitude, prise depuis l'enfance, que nous avons de nos propres usages, lesquels nous semblent de ce fait très supérieurs aux usages des autres.

Sauf quand il s'agit d'esclaves-nés, dit le philosophe. Car on voit bien que les Indiens ont voulu presque aussitôt acquérir nos armes et nos vêtements.

·Certains d'entre eux, oui sans doute, répond le cardinal. Encore qu'il soit malaisé de distinguer, dans leurs motifs, ce qui relève d'une admiration sincère ou de la simple flagornerie. Quelles autres marques d'esclavage naturel avez-vous relevées chez eux?

Sepulveda prend une liasse de feuillets et commence une lecture faite à voix plate, comme un compte rendu précis, indiscutable:

- Ils ignorent l'usage du métal, des armes à feu et de la roue. Ils portent leurs fardeaux sur le dos comme des bêtes, pendant de longs parcours. Leur nourriture est détestable, semblable à celle des animaux. Ils se peignent grossièrement le corps et adorent des idoles affreuses. Je ne reviens pas sur les sacrifices humains, qui sont la marque la plus haïssable, et la plus offensante à Dieu, de leur état.

Las Casas ne parle pas pour le moment. Il se contente de prendre quelques notes. Tout cela ne le surprend pas.

- J'ajoute qu'on les décrit stupides comme nos enfants ou nos idiots. Ils changent très fréquemment de femmes, ce qui est un signe très vrai de sauvagerie. Ils ignorent de toute évidence la noblesse et l'élévation du beau sacrement du mariage. Ils sont timides et lâches à la guerre. Ils ignorent aussi ta nature de l'argent et n'ont aucune idée de ta valeur respective des choses. Par exempte, ils échangeaient contre de l'or le verre cassé des barils.

-Eh bien? s'écrie las Casas. Parce qu'ils n'adorent pas l'or et l'argent au point de leur sacrifier corps et âmes, est-ce une raison pour les traiter de bêtes ? N'est-ce pas plutôt le contraire?

©Éditions Plon-Perrin

1. contention: effort, application.

2. avérer: reconnaître la vérité d'une chose; savoir, comprendre quelque chose avec exactitude.

3. vilain: paysan.

4. manutention: maintien

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MICROMEGAS   CHAPITRE 7 

Conversation avec les hommes 


«0 atomes intelligents, dans qui l'Être éternel s'est lu à manifester son adresse et sa puissance, vous devez sans doute goûter des joies bien pures sur votre globe; car, ayant si peu de matière et paraissant tout esprit, vous devez passer votre vie à aimer et à penser, c'est la véritable vie des esprits. je n'ai vu nulle part le vrai bonheur, mais il est ici sans doute.» 

À ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête; et l'un d'eux, plus franc que les autres, avoua de bonne foi que, si l'on en excepte un petit nombre d'habitants fort peu considérés 1 , tout le reste est un assemblage de fous, de méchants et de malheureux. 

<

- Ah, malheureux! s'écria le Sirien avec indigna­tion, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée l Il me prend envie de faire trois pas, et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins ridicules. - Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu'au bout de dix ·ans il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n'auraient pas tiré l'épée, la faim, la fatigue ou l'in­tempérance 3 les emportent presque tous. D'ailleurs, ce n'est pas eux qu'il faut punir : ce sont ces barbares sédentaires qui, du fond de leur cabinet, ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d'un mil­ lion d'hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement 4 » 

1. Allusion à la guerre continue que se livrèrent au xvm• siècle la Turquie ( "turbans" ) , la Russie et l'Autriche ( " chapeaux" ). 

2. L'étymologie de Tsar, en russe, est César. 

3. Excès de table - nourriture et surtout boisson -faits au cours des pillages. 

4. Allusion à la pratique, après une bataille, du Te Deum, hymne de remerciement adressé au bon Dieu. Voltaire s'en moque dans Candide.

vendredi 5 octobre 2012

Gerhard Richter, après l'exposition


Gerhard Richter, Panorama - Centre Pompidou

















































Après l'expo, lectures sur le web :

- Le site officiel de Gerhard Richter
- Le dossier pédagogique de l'exposition au Centre Pompidou

- Richter: "je n'ai pas voulu être mis dans un tiroir"

Par Pascale Mollard-Chênebenoit


http://blogs.afp.com/cross-culture/?post/2012/06/28/Gerhard-Richter%3A-je-n-ai-pas-voulu-être-mis-dans-un-tiroir


jeudi 13 septembre 2012

Le chemin avec Jésus, les grandes images


Problèmes, aux conflits, aux douleurs. Tous ces tourments, c'est trop.

Je recherche l'apaisement.

Je me rappelle ceux qui m'ont raconté comment Jésus les avait accompagné. Celui qui fait prendre de la distance par rapport aux problèmes, aux conflits, aux douleurs.

Je me rappelle les étapes du chemin que ils ont parcouru. Voici les grandes images qui restent en moi de leur récit.
Dans la fournaise de la genèse


Au moment de la Création


Participer à la communauté des hommes


Devant la porte du Paradis


En Dieu, vivre éternellement


Quelle est la modernité de ma démarche ?

Ma démarche artistique prend le contre pied de la tendance actuelle qui est l'accumulation sur un même support de différentes images, qui est l'addition sur un même support de plusieurs gestes de découper/coller. C'est la transposition au plan de l'art de notre ambiance contemporaine saturée par le souci de l'ordre, des rapports de force, de la "visibilité qui en impose".

Au contraire, "je m'efforce à un moins de force", "j'invite à une acceptation de l'entropie, du un-peu-plus-de-désordre". A coté d'une écologie des ressources, je propose une "écologie des images".

Aussi ma démarche est plutôt de prendre une image, d'ouvrir ses potentiels de forme et de couleur et laisser s'écouler, laisser se diffuser les formes et les couleurs.

Je suis philosophe de formation. La philosophie distingue entre l' Etant, constitué par les activités et les technologies, et l'Etre qui est une attitude de disponibilité à ce "moment de vie" où le sens devient ambigu, équivoque, hyperbolique. Le moment où dans les possibles connus, s'ouvre une fenêtre vers l'im-possible. C'est im-possible, et pourtant, j'y suis, j'y chemine.

Chacun de mes tableaux est un témoignage de mon cheminement dans l'im-possible.

jeudi 23 août 2012

Le concept d'INDICONE



J’appelle ici à l’urgence d’un développement de la sémiologie car les pratiques actuelles sur les signes ont des conséquences d’une ampleur insoupçonnée.

Notre époque se caractérise par une combinaison de signes et de dispositifs matériels afin de cumuler deux effets : à l’effet de présence d’une image mentale s’ajoute l’effet de conditionnement généré par la répétition d’une action structurée : acheter en grande surface, suivre son colis, etc. Nommés par les marketeurs « valeur ajoutée », « valeur d’usage », « innovation de service », ces formules - Faites des économies ; Vous êtes à proximité – assurent une double fonctionnalité :

- singulariser la réponse à un besoin d’un certain nombre de clients

- susciter un avantage compétitif durable apportant une rente économique.

Des signes aux nouveaux territoires économiques

Prenons l’exemple d’une méthode courante dans la grande distribution : placer en « tête de gondole » des produits dont le prix est annoncé comme « plus bas qu’ailleurs ». Ce qui est signifié est « Faites des économies ! ». Cette pratique est connue pour être à l’origine du succès de Wall Mart aux États-Unis.

L’image mentale et le conditionnement par l’action structurée n’affecte pas que les clients. Ils affectent également l’ensemble des partenaires économiques fédérés par la formule. Les fournisseurs de Wall Mart recherchent constamment comment faire baisser leurs prix ou produire à plus bas prix des produits existants. Plusieurs cercles économiques se sont installés : Wall Mart est devenu indispensable à plusieurs millions d’américain sans revenu ; les fournisseurs chinois produisent en masse de plus de plus en plus importante des produits de haute technologie ; le commerce extérieur des Etats-Unis est déficitaire, etc. Cependant, l’extension de Wall Mart sur l’ensemble du territoire américaine et le recours systématique à des fournisseurs chinois pour disposer d’énormes quantités de produits à bas prix a provoqué la disparition de milliers d’entreprises américaines et des emplois qualifiés qu’elles proposaient.

D’autres pratiques sur les signes ont eu des effets analogues dans leur ampleur. Ainsi le logisticien américain UPS a imposé ses normes de fonctionnement à l’ensemble des entreprises logistiques car il a été le premier à être capable d’indiquer avec précision à son client là où en est son colis. Ce qui est signifié est : « Vous êtes à proximité de votre colis ».

L’investissement n’est plus guidé par la technologie mais par une alliance sociologie, économie et marketing. Cette alliance se présente selon une formule. La formule est l’ossature à partir de laquelle une entreprise construit un territoire économique : quelle sera la formule qui suscitera un conditionnement de fidélité de X clients et de conformité de X fournisseurs ou de X collaborateurs tel que la rentabilité sera assurée pendant X années ? Cette formule doit générer une puissance telle qu'elle déploie en un territoire économique car l’entreprise construit une continuité entre ses clients, ses distributeurs, ses fournisseurs, ses bureaux d’études. De nœuds en nœuds, dans les mailles du réseau circulent, la formule, via les dispositifs qui la concrétisent, va unifier les comportements et renforcer de jour en jour le conditionnement. Cependant, bâti sur des effets de sens, ce territoire est fragile. D’une part, cela entraîne donc une violence dans les combats d’image et la chasse aux comportements jugés déviants. D’autre part, l’entreprise doit faire varier les déclinaisons de la formule pour s’ajuster aux évolutions des besoins des clients.

Wall Mart monopolise aux États-Unis la distribution des produits à bas coûts et se bat aujourd’hui en Chine contre Carrefour pour devenir le monopole chinois. L’économiste Michel Volle a introduit la notion de « concurrence monopoliste » pour synthétiser ce double phénomène de territoire économique bâti sur un monopole de valeur symbolique pour le client et de guerre entre concurrents via la maîtrise des innovations.

« L’économie contemporaine exige que la stratégie de l’entreprise s’exprime en terme de territoire – non de territoire géographique mais de territoire symbolique, tissé des liens qui confortent la légitimité et suscitent la confiance. 
.. La concurrence monopoliste instaure dans l’espace des besoins une topographie analogue à celle qui prévalait dans la société féodale : la zone de monopole est semblable à un fief dont le seigneur doit guerroyer en permanence sur ses frontières. En outre, le terrain de la compétition est continuellement transformé par des innovations (de produit ou de procédé) qui modifient la gamme des variétés ou la fonction de coût. » Prédation et prédateurs.

Indicone : un nouveau concept sémiologique

Notre culture nous amène à rapprocher les notions de signe et de symbole. Ce qui est commun à ces deux notions, c’est un comportement basé sur l’absence matérielle d’un objet, mais qui est présent dans notre pensée. Cette présence imaginaire de l’objet dans notre pensée induit de notre part un peu plus qu’un comportement face à l’objet matériel. Une image peut être associée avec d’autres images. Nous avons à choisir une association d’image. Dans ce choix , nous manifestons notre liberté. C’est l’effet symbolique. Quand nous voyons une bague sur l’auriculaire d’une personne, nous matérialisons son conjoint dans notre imagination. Puis nous en tirons des conséquences sur ce que peuvent être nos comportements, avant de choisir parmi ceux-ci un comportement qui nous semble approprié à la situation et à nos buts.

Chez l’enfant, la dimension du symbolique apparait vers un an et demi : l’enfant fait disparaître ses jouets dans l’obscurité d’un dessous de lit ou dans l’au-delà d’une fenêtre ouverte. Une fois ses jouets absents du regard, l’enfant peut les évoquer en images et les associer librement avec d’autres images.

Bien sûr, les entreprises développent des discours nourris de symbolique. Cependant, le symbolique ne permet pas d’expliquer la force de constitution du monopole de territoire décrit par Michel Volle. Bien sûr, quand des millions d’américains et ou de chinois pensent à Wall Mart, ils pensent « produits à prix plus bas qu’ailleurs ». Ce qui est nouveau par l’ampleur du phénomène, c’est que des millions d’individus ressentent l’impératif d’aller à Wall Mart dès qu’il s’agit d’acheter. Wall Mart n’est pas une image de magasin équivalente à une autre, Wall Mart devient LE magasin où il faut aller acheter au moins une fois tous les deux jours. Il n’y a plus de liberté, mais un conditionnement. Nous ne sommes plus dans le domaine du symbolique.

Avec cet exemple, nous voyons apparaître un déficit de la conceptualisation sémiologique. Comment décrire et nommer l’efficacité de ces pratiques de combinaison de signe et de dispositif matériel sur les comportements ? Examinons en détail le dispositif mis en place par Wall Mart.

En tête des gondoles de la grande surface, des affiches proclament « Pour 1 $, ce produit ». Dans un documentaire audiovisuel, les témoignages des consommateurs font apparaître la coexistence de plusieurs interprétations provoquées par ces prix très bas :
- Je m’intéresse avant tout aux produits en tête de la gondole car je veux faire des économies
- C’est dans les grandes surfaces que je peux trouver des produits peu chers car ils négocient des grandes quantités
- la grande surface me permet de comparer les rapports qualité/prix des différents produits, ce qui facilite mon choix

Par contre, d’autres interprétations n’apparaissent pas, telles que :

- Attention, l’éventail des rapports qualité/prix des différents produits m’amène à accepter que si des prix très bas existent, des prix très haut existent aussi : cependant, ces prix ne seraient-ils pas plus haut dans la grande surface que dans les autres magasins ?
- Attention, la fabrication en grande quantité de produits à prix bas de médiocre qualité est un danger pour l’avenir : cela génère des entreprises qui vont concurrencer et détruire des entreprises et des emplois qui apportent une vraie valeur ajoutée !

Ces interprétations n’apparaissent pas car les signes font corps avec le dispositif matériel qu’est la subdivision « gondole / tête de gondole ». Le consommateur trouve normal que chaque semaine, chaque tête de gondole présente des articles à bas prix qui seront achetés par un grand nombre de clients, que le produit soit un paquet de pâtes ou un appareil multimédia. Je nomme cet effet de normalité « l’effet indicone », le terme « indicone » étant forgé par la contraction des termes « indice » et « icône ».

Pour le présent, avec ses étiquettes attrayantes, la tête de gondole est un signe interprété comme « Faites des économies avec les produits avec les prix les plus bas ». Au sens du sémioticien Charles A. Pierce, elle fonctionne comme une icone. Pour Pierce, la force de signification de l’icone comme image mentale se trouve en elle-même. Ainsi, le tracé d’une ligne droite se signifie « ligne droite ». Les produits mis en avant dans un lieu spécifique avec des étiquettes vantant des prix plus bas qu’ailleurs se signifient « prix plus bas qu’ailleurs ! ». Il y a une force de l’icone en tant qu’elle se donne ici comme une flèche orientée vers le bas. Cependant cette force est momentanée, puisque toute image est passagère. L’enjeu est pour Wall Mart est de maintenir dans le temps la force de l’icone.

La tête de gondole prend donc le relais pour construire la permanence de l’image mentale « prix plus bas = économie ! » en lui donnant une présence physique. La tête de gondole est la mise en relation physique entre des signes (les prix les plus bas) et des objets (les produits) : « Ici, dans ce lieu, demain, après demain, après après demain, vous trouverez des produits avec les prix les plus bas ». Un effet supplémentaire apparait avec la matérialisation de l’icône comme objet physique « tête de gondole ». La localisation du signe « les prix les plus bas » devient un signe doté d’une force physique, composant avec d’autres forces physiques.

Pour Charles A. Pierce, la girouette et le vent sont dans une relation physique, et il nomme indice la position de la girouette, que de cette position on peut en déduire le sens du vent. De même, la relation matérielle entre la tête de gondole et les produits à bas prix fait de cette première un indice des seconds. L’indice induit un comportement qui est l’automatisation de la déduction : « je recherche des bonnes affaires, donc en premier lieu, je regarde la tête de gondole ». Le consommateur est transformé en automate. Il est conditionné.

Je définis comme indicone tout effet créé par un dispositif matériel et signifiant, établissant une relation physique entre un site - la tête de gondole - et une qualité – les prix les plus bas – telle que l’icône de la qualité impose sa force iconique dans la relation physique. La tête de gondole devient une flèche animée d’un mouvement descendant. L’effet consiste dans la modélisation de la force physique par la force iconique. L’effet de présence de l’icône est relayé et amplifié par un dispositif matériel, qui facilitant la répétition de l’action d’achat, induit un conditionnement du comportement.


Voici un exemple d’approfondissement conceptuel de la sémiologie. Mais il y a beaucoup d’autres approfondissements à mener. Quels bénéfices concrets en tirerons-nous ?

Conceptualiser n’est pas critiquer. Proposer le concept d’indicone ne signifie pas que les indicones soient « mauvais » ou « néfastes ». Les indicones sont nécessaire pour assoir une rentabilité économique, car ils minimisent pour les acteurs les coûts liés aux incertitudes du choix entre alternatives concurrentes. Par contre, la question se pose de la délimitation de l’effet indicone. En effet, comme de nouvelles incertitudes surgissent sans cesse, la prudence incite à trouver une équilibre entre l’effet indicone et l’effet symbolique.

Paroles et dialogue dans notre monde contemporain

La vie d’un dialogue suppose que les qualités des objets partagés soient discutées et que différents objets puissent être passés en revue, en fonction des souhaits de l’un ou de l’autre des interlocuteurs. En mettant en commun des symboles – telle qualité possible ; telle évocation d’objet – le dialogue ouvre des attentes, suscite des incertitudes, de façon à provoquer des parolesintéressantes et stimulantes entre les interlocuteurs.

Cependant, cadrées par les indicones, beaucoup de situations de parole ne peuvent pas se transformer en situation de dialogue. Je constate, nous constatons tous un paradoxe. D’un coté, nous sommes encadrés par une multiplicité des paroles à une seule voix – la voix de la formule : « Achetez à bas prix », « suivez votre colis » - ; de l’autre, nous sommes invités dans des situations d’expression de nos souhaits où les marketeurs et les sociologues tentent de capter nos nouveaux besoins. L’ordre et la permissivité vont de pair !

Pour la plupart, nous sommes des salariés. Au sein des entreprises, nous retrouvons ce paradoxe. Nos paroles ne sont légitimes que si elles évoquent la formule qui régit le fonctionnement de l’entreprise et plus globalement du territoire auquel elle appartient. En même temps, nous devons nous exprimer spontanément : signaler un dysfonctionnement, proposer une amélioration, détendre l’ambiance par une blague sympathique.

Ce qui nous permet de gérer ces deux faces de la parole sont les indicones. Leur existence matérielle et leur pouvoir signifiant permet à notre parole de salarié de rester laconique et opératoire. Lorsque notre parole est invitée à la permissivité, les indicones balisent les écarts et les variations possibles. L’indicone, par l’immédiateté de sa présence, chasse l’attente et l’incertitude du futur qui est le propre du symbole.

Les indicones en entreprise

Le confort des salariés d’une entreprise, depuis l’opérateur jusqu’au haut dirigeant, amène à souhaiter la présence d’indicones et leur absence de remise en question. Cependant, la réalité des évolutions et des tensions technologiques, économiques, sociales, politiques, culturelles, oblige à des situations de dialogue. Ces situations de dialogue peuvent prendre de multiples formes : groupe de résolution de problème, groupe de créativité, étude de cas en formation, comité de pilotage d’un projet, comité ad hoc de prise de décision. Les situations de dialogue peuvent être imposées par l’urgence d’une panne à résoudre, une confrontation sociale, une perte financière d’une ampleur inhabituelle, etc.

Les indicones dans la relation commerciale

Développement à venir...